Par Kubrart
Mardi 28 avril 2009
Parfois (faudrait-il dire toujours ?), je suis un vrai misanthrope. Je ne crois pas que l'homme soit naturellement bon. Et je ne le suis pas par réflexe, comme s'il s'agissait d'une conséquence. Évidemment, je me trompe et c'est tant mieux. Par exemple, je travaille avec ma collègue en toute simplicité : pas de chichi, pas d'ambition déplacée, pas de combat. L'idée du travail collectif est partagée : il s'entend que chacun a son ambition propre (mais c'est une aspiration, pas une volonté sans limite d'avoir les honneurs et de dominer autrui), mais nous nous accordons surtout le plaisir de travailler. De travailler avec l'autre et pour l'autre, tout autant que pour soi. Nous nous éloignons, de ce fait, de la définition du travail qu'en faisait la Genèse : il ne s'agit pas d'une punition, mais d'une manière de s'accomplir. Je ne me fourvoie pas : le travail n'est pas en soi ce que je souhaite, mais comme je ne suis pas celui qui fait travailler, je suis donc contraint de tout le temps travailler ; autant que le travail m'apporte satisfaction. Je suppose que c'est le souhait de tout le monde (outre celui de gagner de l'argent et de n'avoir pas à travailler). Toutefois, ce souhait collectif se traduit souvent de manière différente selon les personnes. Et force me fut de constater, regrettablement, que ce souhait s'exprimait de façon souvent déplaisante : mon ancienne collègue devait toujours s'attribuer les fruits de notre travail commun ; dans mon ancienne entreprise, la réussite passait par le mépris de l'autre ; un de mes interlocuteurs, dont je suis pourtant le client, s'évertue à me divulguer la moitié des informations que je demande ; certaines personnes que je connais, qui travaillent dans la publicité, pensent qu'il faut sous-estimer l'autre, car l'autre est méprisable, n'y connaît rien et a souvent ni goût ni culture ; d'aucuns abordent les réunions avec agressivité, comme si d'avance ce que nous faisions devait être combattu... J'en passe.

Dans la rue, dans le bus, dans le métro, partout, les rapports sont à peu près les mêmes : les pédales suffisantes du Marais pensent qu'il suffit de paraître pour être et que l'autre n'a rien d'intéressant à apporter (si ce n'est sa queue ou son cul) ; il y a toujours des connards prétentieux dans les musées ; il y a toujours des pétasses arrogantes dans le métro (comme ce matin, où il y avait un monde fou, mais cela ne gênait en aucune manière la grosse conne assise sur les strapontins - qui, d'ailleurs, se permettait de fusiller du regard ceux qui pouvaient frôler sa coiffure immonde...et je me disais, ose me regarder comme ça salope et je t'attrape par les cheveux pour te tirer jusqu'à la sortie ! Elle ne me regarda jamais) ; il y a toujours un idiot qui pense que sa musique est tellement intéressante qu'il l'écoute sans casque ; il y a toujours un pauvre con qui pense que s'amuser, c'est faire chier tout le monde (en répondant, si cela nous agace, qu'on est vraiment triste à faire la gueule et que lui profite de la vie)... Alors, de fait, je deviens misanthrope. Tout contacte avec la population, si ce n'est pas en observateur à la terrasse d'un café, me fait grimacer. Parce que quoi enfin ? Vais-je devoir subir sa suffisance ? Son arrogance ? Son exubérance ? Son égoïsme ? Son mépris ? Son agressivité ?

Mais par nature, je suis plutôt quelqu'un d'aimable et de bienveillant.
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Par Kubrart
Lundi 20 avril 2009
Quand il me regarde, je voudrais qu'il m'admire. Et je sais que c'est idiot. D'ailleurs, je sais que je ne suis pas forcément intelligent. M'avouer cette idée que je serais peut-être d'intelligence moyenne, qu'il ne m'admire pas, que je ne suis pas un pieu au lit, sexe dressé, énorme, veines gonflées qui symbolisent toute ma virilité (dont je ne suis même pas certain), m'avouer que peut-être il ne voit pas en moi l'homme fort qui pourrait le protéger, l'homme drôle qui le ferait rire tout le temps, m'avouer que je n'ai plus ce corps d'il y a dix ans, sans graisse, tout en muscle, énergique et puissant, m'avouer que j'ai tant de faiblesses... parfois tout cela m'accable. Si je n'ai plus autant peur qu'avant que l'autre me quitte, je sens tout au fond de moi que ce travail que je croyais avoir fait reste encore insuffisant. Et, évidemment, cela m'accable encore plus. Au final, je me dis : tu n'as pas changé. Tu tiens debout grâce à des fils si fins que si l'un lâchait, tu t'effondrerais, tu recommencerais toutes les erreurs du passé.

Il y a quelques nuits, j'ai fait ce rêve étrange où il n'était pas présent, mais j'étais persuadé qu'il ne m'aimait plus. Je me retrouvais au lit, les jambes douloureuses. Elles me grattaient terriblement. Quand je soulevais le drap pour voir ce qui me grattait, je découvrais des jambes carbonisées, impossible de les bouger. Je grattais un bouton qui, lorsque je tirais sur un poil naissant, fit un trou énorme dans ma jambe, laquelle s'effrita puis se brisa. Toute ma peau s'effondrait comme un château de sable sec balayé par le vent. Je tenais alors ma jambe droite dans la main, la peau en un petit tas de cendre à côté de moi, et mon os de la taille de celui d'une cuisse de poulet exposé devant mon regard affolé. Puis je me réveillais. Le réveil sonnait fort et je dus me lever précipitamment pour ne pas avoir mal à la tête. Dans la journée, je lui téléphonais, préoccupé par cette idée qu'il ne m'aimait peut-être plus. Tu m'aimes ? Pourquoi je n'ai pas eu de petit message ce matin ? Normalement, j'ai un petit message d'amour lorsque tu te réveilles ! Je lui racontais mon rêve et il se mit à rire, puis à me rassurer : si, bien-sûr que je t'aime. Et alors je pus retourner travailler le corps léger. Avec cette idée qu'il m'aimait, que je devais donc être quelqu'un de bien.
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Par Kubrart
Mercredi 15 avril 2009
Ces dernières années, lorsque je regardais un porno, j'étais de plus en plus agacé par les plans choisis par le réalisateur. Voir en gros plan la queue du jeune éphèbe pénétrer avec plus ou moins (souvent moins) de sauvagerie le petit trou du cul de son acolyte  et ce pendant de longues minutes, cela m'exaspérait. La queue entre les mains, déjà en train de débander, j'enrageais : où est passé l'érotisme ? Alors évidemment, érotisme et pornographie sont bien différents. Quand l'un suggère, l'autre étale crûment. Cependant, le porno devrait en sus de l'érotisme montrer ce qu'on s'imagine, écartant la suggestion pour du concret, mais tout en gardant la sensualité de l'érotisme. Pourquoi voir ces deux-là dans le salon se faire les yeux doux et, immédiatement après, les voir nus en train de se défoncer le trou de balle ? En gros plan ? Pendant des minutes insupportablement longues ? Mais oui, c'est bon, on a bien compris que ça allait dans son cul, mais montre-nous le visage, montre-nous le corps, le cou, les épaules, les mains !... Comment les met-il ses mains ? Comment le regarde-t-il son compagnon ? Comment s'embrassent-ils ? Oh, certes, nous voyons tout cela, mais ce n'est plus rien d'autre qu'une répétition d'actes stéréotypés. Plus d'enjeux dramatiques, et à ceux qui me diront qu'on ne regarde pas un porno pour son jeu d'acteurs, je répondrai qu'ils ont tort. A double titre : parce que cela enlève toute réalité ; parce que cela conduit à une reproduction si passive que toute idée de plaisir réciproque et de partage est complètement annihilée. Bienvenue dans la société du plaisir individuel déguisé en plaisir collectif. Le porno est comme la société actuelle : primauté de l'individualisme, avec en toile de fond le refrain lancinant de la solidarité et du partage.

Ce qui est important avant tout, c'est qu'il faut jouir. Les gens défilent dans la rue pour plus d'égalité, mais c'est parce qu'ils veulent jouir. Ce sont des sexes en érection qui déambulent, prêts à décharger pour le plaisir, parce qu'ils se sentent frustrés. Ils valorisent, ces hédonistes niais, le bonheur et la liberté, mais contrairement à ce qu'ils pensent (cependant conformément à ce qu'on peut retrouver dans les films X), ils s'imposent des idéaux étriqués et normatifs. Les jeunes (et les moins jeunes) retiennent cela : jouir, car chaque jour qui nous est donné fait l'apologie du plaisir sans entrave. Il suffit pour cela de regarder les spots publicitaires, les émissions de TV, les films et leurs acteurs si beau et si bien foutus, les couvertures des magazines, suivre les "mini blogs" de Twitter et Facebook... Chaque homme s'escrime à dire, comme l'indique Michela Marzano, "Je baise, donc je suis". Et cela rend nos rapports particuliers : notion de force, de pouvoir, d'esclavagisme, de jouissance par l'asservissement, d'exultation par l'autorité... Mettre un doigt dans l'orifice anal et crier "tu aimes ça salope", et s'entendre répondre que "oui, j'aime ça", c'est un peu comme jouer en bourse pendant des années en détournant tout moyen "normal" de gagner de l'argent (par le travail) et ensuite s'affirmer salope ("oui je baise le monde, mais puisque je peux le faire ?!"). Mais encore faut-il aller jusqu'au bout : la salope sexuelle, le lendemain, cachera ses petites extravagances et nous servira de l'amour en veux-tu en voilà, nous prônera les valeurs morales les plus belles ; la salope "capitaliste" criera à l'infortune et surtout la manipulation et l'injustice lorsque tout son argent aura disparu, dupée qu'elle fut par plus salope qu'elle. Allons bon !

Je n'ai pas honte de dire que la crise, je m'en tamponne. Sauf quand il s'agit du film porno, où plus rien n'est excitant sauf si l'on aime juste les grosses bites et que l'on se satisfait de cela. Mais qu'on ne pleure pas alors en me disant, tout sanglotant : la vie c'est de la merde, tous des pourris, des connards, des égoïstes, des ... Des quoi ?
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Par Kubrart
Lundi 13 avril 2009
Il y a des jours où je m'émerveille d'un rien. Ou de tout. Je suis là devant des enfants qui s'amusent et je trouve leurs gazouillis tellement attendrissants. Mignons. Le chien qui court après la balle que son maître lui a lancée et qui revient ensuite la rapporter m'émeut ; j'y vois de la fidélité, de l'amour pour son maître, l'esprit du jeu, la simplicité du jeu. Un regard échangé avec mon amoureux et la complicité qui traverse la pièce, comme un courant d'air presque imperceptible par les autres, mais une caresse langoureuse pour moi. Une tranche de saumon qui fond sous mon palais et je m'abandonne un instant au plaisir gustatif comme s'il s'agissait de ma première jouissance. Je m'émerveille de la solidarité au travail, de l'esprit d'équipe, de ces gens qui rient à table, d'une mère qui donne le sein à son enfant, du soleil qui délicatement s'impose dans le ciel, du reflet des lumières de Paris dans la Seine, d'une voix qui vient chercher au plus profond de moi...

Ces jours-là, je sais à quel point vivre est heureux. De façon très égoïste, je ferme les yeux sur tous les malheurs des autres. J'en viendrais presque à détester celui qui viendrait se plaindre devant moi. Et dire : mais profite donc ! Prends le temps de regarder, de te poser. En prenant le temps, tu remarqueras que ta colère est ridicule, que tous tes soucis (ou presque) peuvent être balayés en un clin d'oeil. Il n'y a rien de plus beau que la vie. Je ne comprends pas celui qui veut se suicider, je ne comprends pas celui qui déprime, je ne comprends pas celui qui pleure. J'oublie un instant que j'ai été aussi cet homme et que si jamais personne n'avait pris le temps d'accepter ma tristesse, j'aurais pu désespérer, cracher sur l'homme qui me parle mal, détester ce chien qui court après une balle (c'est si stupide !), haïr ces amoureux qui se regardent pendant des heures avec cet air niais, trouver le saumon aussi fade que la viande ou n'importe quelle autre nourriture (mais il faut bien se nourrir), ne pas voir le soleil quand il est là, mais remarquer la pluie, tout le temps, maudire ces enfants qui chahutent en bas de l'immeuble...

Je souhaite une vie simple et naturelle, mais elle exige qu'à chaque fois je sois en alerte. Ces jours radieux sont presque aussi coupables que ces jours détestables si je m'y abandonne. Car il n'y a rien qui ne soit extérieur à moi qui devrait autant influencer mon sentiment de bonheur. La pluie est aussi belle que le soleil et l'enfant qui pleure autant que celui qui rit. Je ne veux pas du bonheur sur les cartes postales, où il fait toujours beau, les gens sourient tout le temps, leurs dents sont tout le temps blanches, le sable et la mer, une odeur sucrée que l'on devine entre les feuilles larges et bien vertes des palmiers. Je ne veux pas non plus de cette tristesse stéréotypée que l'on voit dans les magazines ou à la télévision, les tours cubiques grises qui s'entassent par dizaines, les garçons aux visages agressifs et fermés qui semblent haïr la Terre entière, les tags sur les murs derrière et le chômage à perte de vue.

Je souhaite une vie simple et naturelle, mais elle exige une prise de conscience perpétuelle. Lire, écrire, chanter, jouer, pleurer, rire, se remettre en question, s'accepter faible, se reconnaître fort, comprendre ses limites, ne pas se comparer inutilement, défier ses doutes, les encourager, briser ses a priori... La prise de conscience, je le sais, rendra ma vie, si ce n'est aussi heureuse que dans une série américaine ou selon les préceptes d'épanouissement de nos années actuelles, heureuse selon mes propres critères. Sans influence. Du moins, autant que faire se peut.

Publié dans : Au quotidien
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